Einstein dans la tragédie du XXème siècle : antisémitisme, Shoah, sionisme.

par Simon Veille

Éditions Imago, 2014

Note de lecture d'Hélène Kaplansky

Ce livre évoque non pas le grand physicien mais le rapport d’Einstein avec la judéité et également sa liberté de penser. Einstein se définit comme juif et il parle de son peuple « je suis juif et je suis heureux d’appartenir au peuple juif même si je ne le considère pas comme le peuple élu ».

Son rapport au judaïsme est laïque et antireligieux.  Le judaïsme est donc pour lui une partie de ce corpus de traditions, mais pas une religion. Le judaïsme c’est l’éthique qui submerge l’esprit, le sentiment de justice qui déploie ses ailes libératrices et, plus que tout, le respect sacré de la vie. Pour lui le judaïsme est une religion sans dieu ou plutôt une religion qui n’a pas besoin de dieu : la morale, les traditions, les valeurs issues de la culture juive n’ont rien a voir avec la transcendance et ne concernent que les hommes car c’est une histoire d’hommes.

Toutefois, il pensait qu’il fallait conserver ce patrimoine culturel juif et en rester fier. Aussi, assez visionnaire et bien avant la montée du nazisme, il pensait que l’intégration dans la culture allemande était une erreur. Et surtout que même germanisés, les juifs restaient des juifs aux yeux des allemands. De plus, selon lui, cette intégration ou tentative d’intégration ne faisait que renforcer l’antisémitisme allemand.

Sa position par rapport au sionisme a évolué avec le temps et les événements. Après la première guerre mondiale, Einstein s’est montré réticent aux mouvements sionistes alors que certains voulaient utiliser son nom et sa notoriété pour défendre ce projet. Pour autant il est allé en Palestine et a participé à la création de l’Université Hébraïque de Jérusalem. En fait pour lui le judaïsme était une valeur culturelle universelle qui devait s’épanouir dans les sciences et la connaissance :« un juif qui tient à pénétrer son esprit d’un idéal humain peut sans contradiction, se proclamer sioniste. L’existence de ce foyer moral aura pour effet de donner, je l’espère, un surcroît de vie à un peuple qui ne mérite pas de mourir encore »

Einstein était un pacifiste convaincu et il souhaitait que les gens refusent de faire l’armée, de s’engager. « Notre objectif à nous les pacifistes est de convaincre les hommes de l’immoralité de la guerre et de débarrasser le monde de cette forme d’esclavage honteux qu’est le service militaire ». Mais face au nazisme, bien qu’il rejette viscéralement la guerre, il a compris qu’il fallait fuir et il a essayé de soutenir la fuite de nombreux juifs. Mais que ce soit l’Angleterre ou les Etats-Unis et malgré l’extermination des populations juives de l’Est, il y a eu des quotas de visas donnés au minimum. Einstein a fait ce qu’il a pu pour modifier ce contexte, sans succès. Il n’aura que des mots assez durs contre les états qui ont laissé les milliers de juifs sans possibilité de s’échapper.

Après la guerre il a soutenu l’installation des juifs rescapés sur la terre de Palestine tout en ne parlant pas d’un état. « Les juifs sont une nation au sens d’une communauté de traditions et non dans le sens d’une communauté politique ; le but de cet établissement en Palestine est moral : il s’agit de redonner une fierté à des juifs victimes de l’antisémitisme en diaspora ». Il a critiqué l'Irgoun en tant que mouvement terroriste et n’a jamais voulu rencontrer Begin. Mais il est resté attaché à son peuple, et à la terre d’Israël. Il a d'ailleurs confié ses archives à l'Université Hébraïque de Jérusalem. Après la mort de Weizmann, premier président d’Israël, Ben Gourion a demandé à Einstein d'occuper la fonction, ce qu’il a refusé.