Israël et Palestine

Israël et Palestine

Nous nous efforçons toujours de tenir un langage de raison et de garder le contact avec les forces qui oeuvrent en France et en Israël pour une paix juste et durable. Ci-contre quelques liens sur des mouvements allant dans ce sens.

Juillet 2018: En été aussi, les nuages s'amoncellent...; éditorial d'Ilan Rozenkier pourla Paix maintenant

Ce n'est pas la première fois qu'en Israël climat politique et météo ne sont pas à l'unisson. En fait, il ne s'agit plus tant de politique politicienne que de dégradation insidieuse de la société israélienne qui lentement s’assujettit au tropisme de démocratie illibérale.

Un projet de loi autorisant le ministre de l’Éducation à interdire l’accès aux écoles aux organisations qui critiquent l’armée israélienne a été approuvé le 3 juillet par la Commission de l’Éducation de la Knesset en prévision de son passage en deuxième et troisième lectures. Dés décembre 2015 Naftali Bennett avait pris une décision de cet ordre s'agissant de Breaking the Silence, quelques jours après que Moshe Yaalon, alors ministre de la Défense lui ait interdit l’accès aux locaux militaires. Cette mesure participe d'un processus de délégitimation des organisations pour les droits de l'Homme et celles qui s'opposent à la perpétuation de l'occupation. Ils s'agit de les présenter comme des traitres, des infiltrés, des taupes... Les noms et photos de leurs dirigeants sont jetés en pâture dans la presse et les réseaux sociaux. Et pourtant il s'agit de personnes qui ont accompli leur service militaire (ce qui n'est pas le cas de tous ceux qui les salissent) et nombre de hauts gradés considèrent que ces ONG mènent une action juste et utile même si des divergences d'appréciation peuvent se manifester ici ou là au sujet du traitement de tel ou tel incident.

La droite extrême accomplit ce travail de sape avec une certaine intelligence il faut en convenir, en s'attaquant dans un premier temps aux associations les plus radicales. Mais il est clair que sont visées toutes les ONG qui dérangent et mettent le doigt là où ça fait mal. Il existe un arsenal juridique suffisant pour réprimer erreurs et diffamations et seule une volonté politique explique cet acharnement législatif.

Autre mesure de même nature, le feu vert donné mi-juin à un texte de loi prévoyant jusqu'à dix ans de prison pour toute personne filmant, photographiant ou enregistrant des soldats en vue de «porter atteinte à la sécurité de l’État». On voit qui est visé... Il s'agit davantage de dissimuler les bavures que de les empêcher et les réprimer le cas échéant. Comparaison n'est pas raison... Interdirait-on le thermomètre à celui qui a de la température?

Plus important mais allant dans le même sens, le projet loi sur l’État-nation actuellement à l’étude à la Knesset, qui autoriserait les petits villages et villes à accepter de nouveaux résidents en fonction de critères ethniques et religieux et qui maintient bien entendu l'hébreu "langue de l'État" tandis que l’arabe perd son statut de langue officielle pour un "statut spécial" qui garantit à ses locuteurs le droit à des services publics accessibles dans cette langue.

Entre ces nuages perdurent des coins de ciel bleu.

Le texte contre Breaking the Silence, qui donnerait au ministre de l’Éducation la capacité d’interdire l’entrée dans les institutions d’éducation à tout groupe «œuvrant à nuire à l’armée», a été adopté en première lecture par 35 voix contre 23, et en commission de l’Éducation par 7 voix contre 5. On voit que c'est un texte qui divise et fracture plus qu'il n'unit. S'agissant du projet de loi sur l’État-nation, le président même de l’État, Reuven Rivlin s'est énergiquement opposé aux mesures les plus controversées. Il est réconfortant de constater qu'il ne s'agit nullement d'un débat gauche/droite mais qu'il traverse les camps constitués. Même si Netanyahu veut que la loi soit adoptée au cours de la semaine prochaine, il n'est pas improbable que ce texte ne puisse l'être avant les vacances parlementaires.

Il importe de soutenir ceux qui en Israël se mobilisent contre ces dérives de la démocratie qui ne sont pas propres à ce pays et qui n'épargnent nullement l'Europe, à l'Est certes, mais pas seulement. C'est ce à quoi nous nous attelons et c'est pourquoi nous nous opposons à la poursuite de l'occupation qui constitue un terreau fertile à cette dégradation démocratique. Une solution politique au conflit israélo-palestinien est plus que jamais nécessaire à Israël.

Mai 2018 : Nous reprenons cet éditorial d'Alain Rozenkier pour la Paix Maintenant avec son aimable autorisation

Condamnations ou condoléances ?

Difficile de ne pas revenir sur Gaza alors que beaucoup a déjà été dit, par d'autres et par nous-mêmes...

Il est clairement établi que même s'il y eut beaucoup de membres du Hamas - et revendiqués comme tels par le Hamas lui-même parmi les quelques 110 morts qu'on déplore depuis le début des heurts, nombre des morts et plus encore des blessés par milliers étaient des civils non armés qui avaient de bonnes raisons d’exprimer leur mécontentement, - et, qui plus est, en avaient le plein droit.

Ces explosions de violence n'ont pas, il faut le souligner, éclaté à l'occasion du transfert, inutile et provocateur à nos yeux, de l'ambassade US à Jérusalem-Ouest qui est sans conteste, la capitale d’Israël. Elles se sont déroulées dans le cadre des «marches du retour» et non pas «de la paix», un «retour» synonyme "au mieux" de non reconnaissance et de destruction de l’État d’Israël ; “au pire” d’atteinte physique à sa population.

Mais ceux qui sont attachés à Israël, son droit à l'existence et qui soutiennent le droit des Palestiniens à un État dans le cadre d'une solution "deux peuples /deux États" - ce qui est notre cas - auraient tort de se complaire dans le dévoilement de l'instrumentalisation, nullement surprenante, par le Hamas de heurts dont on peut craindre le renouvellement jusqu'à l'anniversaire de la guerre des Six jours. Rejeter la faute sur l'autre, effet miroir de la seule mise en accusation d'Israël, est attentatoire à la vérité et ne présente au final que peu d’intérêt.

À l'instar d'Amos Harel, journaliste israélien (Ha'aretz), il nous semble que «la question principale est de savoir ce qu'Israël a fait pour empêcher ce bain de sang avant qu'il ne se produise». Et sa réaction est sans appel : «La réponse est que presque rien n'a été fait.

Depuis des mois, les forces de sécurité ont averti que l'infrastructure et l'économie de Gaza se trouvent dans une situation désespérée, que le chômage est en train de déferler et, avec lui, les sentiments de frustration et de rage. Mais l'essentiel est qu'Israël a à peine levé le petit doigt pour soulager la détresse dans la bande de Gaza. Les événements le long de la clôture sont une catastrophe qui attendait de se produire. Israël a adopté une ligne fataliste, selon laquelle ce qui se passe ne pouvait que se produire».

Dorénavant, que faire ? Israël a des obligations envers cette population. Si elles sont assumées, cela ne pourra que contribuer à la diminution de la désespérance de la population, terreau sur lequel prospère le Hamas. L'establishment militaro-sécuritaire israélien a fait à cet égard et à plusieurs reprises de multiples propositions.

Un rassemblement -qui s'est tenu vendredi dernier au carrefour Yad Mordekhai - d’Israéliens militants des droits de l'homme réclame la fin de l'embargo, le développement non homéopathique de la bande de Gaza, la création d'un port, etc. Ce que, du reste, certains ministres ont eux-mêmes proposé mais n'a jamais été mis en pratique. Israël a les moyens de le faire tout en assurant sa sécurité qui reste un impératif incontournable.

Mais faire baisser la pression économique et sociale dans la bande de Gaza est une contribution à cette même sécurité. Le développement économique, aussi indispensable soit-il, ne saurait se substituer à un accord politique. Et oui, les Palestiniens veulent à juste titre le beurre et l'argent du beurre !

Est-il surprenant qu'ils aspirent à une existence dans des conditions de vie satisfaisantes et dans le cadre d'une identité nationale reconnue ? Comme l'a dit récemment Denis Charbit dans un entretien à la radio belge : «Du côté israélien il faudra se réveiller également […] par rapport à cette illusion de croire que la question palestinienne peut être gérée sans être résolue».

Golda Meïr a souvent été citée ces derniers temps. "Je préfère vos condamnations à vos condoléances " aurait-elle dit. Ne pas avoir les deux, tel est ce qui dorénavant s'impose.

La Paix Maintenant communique

Alors que l'immobilisme prévaut et qu'une sortie politique du conflit israélo-palestinien semble plus éloignée que jamais, nombreuses sont les voix qui mettent en doute la possibilité qu'émerge une solution basée sur le principe "2 peuples/2 états".

C'est pourquoi, alors que la Paix Maintenant y reste attachée, il nous semble utile de porter à votre attention l’article de Shaul Ariéli (mars 2018), expert reconnu, des questions territoriales qui montre, chiffres à l’appui, qu'un État palestinien aux côtés d’Israël avec Jérusalem-Est pour capitale, seule solution viable pour les deux peuples, reste encore possible pour autant qu'une volonté politique se manifeste en ce sens.

Sur Jerusalem, nous vous invitons (il suffit de cliquer !) à lire cet article (décembre 2017) sur le site de La Paix Maintenant.

Son auteur, diplōmé de Harvard (MA d’études moyen-orientales) et de Georgetown (PHD en sciences politiques), est l’actuel directeur exécutif de l’Israel Policy Forum (IPF) fondé par Yitshak Rabin et R, Lifton afin de gagner le soutien des dirigeants juifs américains et des décideurs politiques aux États-Unis en faveur d’une solution viable à 2 États et d’un Israël juif, sûr et démocratique.

Quelques textes insuffisamment connus

Il n'est pas facile d'écrire des choses originales sur Israël. C'est pourquoi nous signalons

Etats de siège; Israël aujourd'hui

de Gérard Karsenty, professeur de Génétique à l'Université de Colombia,

paru dans Commentaire 153 printemps 2016, (huit pages).

Il nous a semblé particulièrement pertinent, à défaut d'être novateur. La revue est disponible en librairie, consultable à la Médiathèque Emile Zola, ou bien en ligne (payant).

Le judaïsme américain semble se réveiller témoin le communiqué suivant (en anglais), émanant du courant "Réformé", le plus important aux Etats-Unis. Voici une traduction en français proposée par l'administrateur du site.

Editorial de Mai 2017 de La Paix Maintenant

Jerusalem sans haine... que j'aime

Quel est ce "gauchiste" coupé de la réalité israélienne qui a osé déclarer, en plein Yom Yerushalayim mercredi dernier, "

....nous ne pouvons pas chanter les louanges d'une Jérusalem unifiée pendant que Jérusalem Est, où vivent 40% de ses habitants, est la zone urbaine la plus pauvre d'Israël ...?

Rien de moins que Reuven Rivlin, le Président de l'Etat, qui, une fois de plus, se révèle être la conscience du pays. Que l'on soit de droite, et certainement de gauche, on peut aimer cette ville magique sans se satisfaire de festivités autour desquelles les millions coulent à flot et qui excluent une large partie de la population plutôt qu'elle ne rassemble l'ensemble de ses habitants, juifs et arabes. Après 50 ans, peut-être serait-il temps de trouver d'autres modalités de célébrer cette ville que de laisser la rue à des milliers de manifestants extrémistes et racistes qui, au cours de leur "parade des drapeaux" déversent leur haine des arabes et leurs insultes sur tout ce qui ne leur ressemble pas. Nombreux sont ceux qui participent à ces rassemblements par défaut mais qui se reconnaîtraient mieux en des événements ou tous auraient leur place. Ils sont gênés que pendant qu'ils sont dans la rue, des milliers de personnes, arabes, sont confinées chez elles, des centaines de magasins et boutiques sont fermés et tout cela, non par sécurité mais par peur d'agressions et de vandalisme comme cela se produit tous les ans.

Forçant le respect, des dizaines de magasins à Jérusalem Ouest sont restés fermés ce même jour, leurs propriétaires voulant afficher leur solidarité avec les commerçants arabes et leur personnel, contraints de perdre une journée de travail alors que, comme l'a dit le Président, la pauvreté fait des ravages. Ici et là se sont tenus des rassemblements contre la haine, des rencontres de communautés qui rassemblent les habitants plutôt que d'en exclure. Il n' y a aucune raison de laisser Jérusalem à la droite extrême, aucune honte à avoir d'aimer une Jérusalem d'or et de lumière, dont l'absence de haine lui est consubstantielle, une ville d'ouverture dans laquelle on s'y retrouve certes, mais où, non moins important, on y trouve aussi "l'autre".

Ilan Rozenkier

Le vrai visage de BDS

Depuis trop longtemps une organisation nommée BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) importe sur le territoire de la république, le samedi place de la Comédie à Montpellier, une vision radicale et simpliste du conflit moyen-oriental.

Cette organisation étend l’appel au boycott des produits israéliens aux échanges universitaires, culturels et scientifiques. Dans ce but elle organise des actions commandos violentes soit dans les supermarchés, soit lors d’activités culturelles, comme certains d’entre nous ont pu le constater chaque année lors du festival Cinémed. .

On observe dans toutes ces actions un glissement très net de l’antisionisme à l’antisémitisme, avec tous les risques que cela comporte.

Ainsi, deux responsables de cette organisation ont naguère mis en ligne sur Facebook un texte antisémite, négationniste et complotiste.

En Mars 2018, nous avons assisté à une vaine tentative d'empêcher les représentations du ballet "We love arabs." Le directeur du théâtre Jean Vilar, dont nous saluons la fermeté, a été qualifié par un responsable de BDS "d'ascendance sioniste".

Récemment encore, à Montpellier même, nous avons pu constater la banalisation de l’antisémitisme lors du spectacle de Dieudonné au Zénith..