Hasdaï CRESCAS, un philosophe Juif dans l'Espagne médiévale

Marc TOBIASS, Maurice IFERGAN

Éditions du CERF 2007 ISBN 978-2-204-05111-8

Note de lecture de Catherine Borgida

1492 : la date marque les esprits comme celle de l'expulsion des Juifs d'Espagne . Celle-ci est l'aboutissement d'un siècle de montée des périls, qui a débuté par une vague de persécution en 1391 en Castille, Aragon et Catalogne. A Barcelone, Hasdaï Crescas, rabbin, philosophe et dirigeant de communauté (1340-1410), perd son fils unique au cours du massacre de Barcelone où des dizaines de milliers de Juifs sont assassinés en quatre mois. Le judaïsme est menacé dans son existence par la persécution, les séductions du christianisme et de la conversion, la perte de son identité. Crescas se lance dans la défense et illustration du judaïsme dans son ouvrage majeur : Or Adonaï (« La lumière divine ») où il entreprend la critique d'Aristote, de Maïmonide, des philosophes grecs, arabes et chrétiens.

Les auteurs font vivre la pensée de Crescas sous la forme de cinq dialogues réels ou fictifs avec de grands maîtres du passé ou des contemporains.

Ces deux derniers dialogues mettent en évidence l'actualité de la pensée de Crescas, au-delà des circonstances tragiques dans lesquelles il a oeuvré. Georges Vajda, dans son Introduction à la pensée juive du Moyen Age présente la synthèse théologico-métaphysique de Crescas comme « sans conteste la plus puissante et la plus originale après celle tentée par Maïmonide ».

Remarque personnelle : cet ouvrage fait écho à Du même sang que Notre Seigneur du Jésuite Rastoin, qui traite de la présence des « conversos » dans l'ordre des Jésuites à ses débuts, et qui pose l'hypothèse d'une forte attraction de la doctrine chrétienne sur les Juifs d'Espagne, dont la conversion était pour certains contrainte, pour d'autres sincère.